Démystifier le blocage mental en sport : causes, impacts et solutions

Démystifier le blocage mental en sport : causes, impacts et solutions

Tu réalises soudainement que, l’espace d’un instant, tu n’étais plus en contrôle et que tu aurais même pu te blesser. Le doute s’installe. Ton cerveau se met entre toi et ton sport. Il ne suffit parfois que d’une petite frousse pour que le sentiment prenne de plus en plus de place, jusqu’à ce qu’il soit impossible à ignorer et que tu ne veuilles plus refaire ce mouvement ou retourner sur le terrain. Comment passer à travers ? C’est la question que de nombreux athlètes se posent au moins une fois pendant leur carrière sportive.

 

Le blocage mental (mental block) peut avoir plusieurs noms, selon les différentes disciplines. Certains appellent ce phénomène les « twisties », d’autres les « yips », le blocage mental des capacités athlétiques (Athletic skill mental block) ou encore le syndrome du mouvement perdu (Lost Move Syndrome).

 

Mais quelle est la définition de ce phénomène ?

De nombreux athlètes ne savent pas vraiment comment le décrire et c’est un phénomène qui n’a été que très peu étudié jusqu’à maintenant. Ce serait le moment où un ou une athlète se retrouve incapable d’effectuer un certain mouvement, alors que ce mouvement était complété avec aise plusieurs fois auparavant. Cette impression d’incapacité à effectuer le mouvement arriverait lors d’un moment de stress intense ou aigu, mais le blocage perdurerait dans le temps. Selon plusieurs études, il y aurait des liens étroits entre les blocages et les émotions, le stress ou l’anxiété. Généralement, le blocage est accompagné par une tension psychologique et/ou de l’anxiété, en grande partie en raison de la perception d’un haut risque de blessure. Le cerveau perçoit un danger, il est donc très difficile de l’ignorer et il essaie de protéger le corps des blessures possibles.

Simone Biles, lors du concours général aux Championnats du monde de gymnastique 2019

Le blocage serait donc purement mental et il viendrait directement affecter les capacités de l’athlète à continuer à progresser dans son sport. Cela peut avoir d’importantes conséquences, telles que devoir compétitionner à un niveau inférieur de ses réelles capacités physiques, ou encore devoir annuler sa participation à une compétition pour des raisons de sécurité, comme Simone Biles a dû faire aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020. En effet, douter de ses capacités peut être potentiellement très dangereux, en particulier pour les sports acrobatiques, tels que le trampoline, le patinage artistique, le ski acrobatique, le plongeon, la gymnastique et plusieurs autres. C’est d’ailleurs dans ce type de sport que ce blocage est le plus commun.

Comment travailler cette difficulté ?

Quelques techniques peuvent être utiles pour surmonter le blocage, telles que la visualisation et la préparation physique (ex., effectuer des exercices qui déconstruisent le mouvement). De plus, l’ambiance de ton équipe sportive, les encouragements et le support émotionnel de tes coéquipiers peuvent faire la différence! Un point commun important qui revient dans plusieurs études est d’en parler avec ton entraîneur·e. Cela peut être intimidant, mais ton entraîneur·e est là pour t’accompagner dans les moments plus difficiles et t’aider à surmonter ce genre de défi. Également, sa propre expérience dans ton sport peut être mise à profit pour t’aider à trouver des solutions et surmonter les blocages.

 

Tu peux trouver ici le court témoignage, en anglais, de Shawn Johnson, gymnaste, sur comment sa relation avec son entraîneur l’a aidée à passer à travers son blocage mental. 👉

Se munir de patience

Un blocage mental se résout rarement instantanément et il est recommandé de ne pas presser la récupération. Il n’y a malheureusement pas de recette magique, tu devras y aller à ton rythme et selon tes besoins. Vivre un blocage mental peut susciter de nombreuses émotions négatives, telles que la peur, la frustration envers soi-même et envers le sport, la culpabilité, l’impuissance, et plus encore. Il peut être difficile d’identifier les émotions et encore plus de les partager, mais il est important de ne pas tout garder pour toi et d’en discuter avec des personnes en qui tu as confiance. Il est également conseillé d’aller chercher des ressources externes, en plus de ton entourage. Plusieurs athlètes ont mentionné que d’être allé voir un consultant en performance mentale certifié (CPMc) les avait beaucoup aidés. Les personnes intervenantes psychosociales (p. ex., en travail social, psychologie, psychoéducation) peuvent aussi t’aider avec ce genre de situations. Ces professionnel·les pourront t’aider soit en travaillant certaines habiletés mentales (ex., concentration, résilience, fixation d’objectifs) ou ton bien-être psychosocial en te fournissant des outils adaptés pour la gestion des émotions, du stress et plus encore, selon tes besoins. Il est possible de passer au travers de cette épreuve, tel que de nombreux athlètes l’ont démontré. Prends soin de toi et reste patient·e !

 

Voici quelques exemples d’athlètes ayant vécu un blocage mental qui partage leur expérience, si cela t’intéresse :

Bryony Page, trampoliniste médaillée d’or : https://www.dailymotion.com/video/x93envo

Simone Biles, gymnaste, et les « twisties » : https://www.olympics.com/en/news/what-are-the-twisties

 

Auteur·es : Anne-Sophie Boudreault, étudiante en psychologie à l’Université Laval; Sophie Labossière, professeure en psychoéducation à l’Université Laval; Samuel Bélanger-Marceau, conseiller en développement global de l’étudiant·e-athlète à l’Alliance Sport-Études

 

Références

Kojac, A. (s. d.). What are the ‘twisties’ in gymnastics?. Stick it girl.

https://stickitgirl.com/blogs/stickitgirl/how-to-handle-the-twisties-in-gymnastics

Colman, A. M. (2015). Yips. Dans A dictionary of psychology (4th ed.). Oxford University Press. https://www.oxfordreference.com/view/10.1093/acref/9780199657681.001.0001/acref-9780199657681-e-8992

Day, M., C., Thatcher, J., Greenlees, I. et Woods, B. (2006). The causes of and psychological responses to lost move syndrome in national level trampolinists. Journal of Applied Sport Psychology, 18(2), 151-166. https://doi.org/10.1080/10413200600653782

Hauw, D. (2025). L’EMDR au service des blocages en sport : théorie, pratique et étude de multiples cas cliniques. Pratiques Psychologiques, 31(3), 193-205 https://doi.org/10.1016/j.prps.2024.11.005.

Hauw, D. (2023). Les blocages chez les sportifs de haut niveau. Le Journal des psychologues4(405), 45-47. https://doi.org/10.3917/jdp.405.0045

Moore, C. (2015). Perseverance through mental blocking: Exploring coach-athlete dyadic relationships [mémoire de maîtrise, University of Saskatchewan]. Theses Canada. https://www.collectionscanada.gc.ca/obj/thesescanada/vol2/SSU/TC-SSU-2015052152.pdf

 Yu, G., Chang, K. F. et Shih, I. T. (2022). An exploration of the antecedents and mechanisms causing athletes’ stress and twisties symptom. Heliyon8(10). https://doi.org/10.1016/j.heliyon.2022.e11040